Le bon, la brute et le truand (1)

Le bon, la brute et le truand (1)
Photo by Brice Cooper / Unsplash

La brute

Quelques semaines avant l'acquisition du Mitsubishi, le contact est pris. Une visite est organisée. Un essai du véhicule avant achat potentiel est évoqué.

Hors situation, on s'imagine réagir, tel que le décrivent les théories économiques, en agent économique rationnel, pesant le pour et le contre, basant ses décisions sur un ensemble d'informations factuelles et tangibles, maximisant le gain sur le coût. Mais l'expérience révèle comme à son habitude qu'il en est tout autrement. Elle expose cette composante irrationnelle du choix, nourrie au désir. Ce grain de sable animal dans les rouages de l'efficacité rationnelle.

Ne s'étant jamais prêté à l'exercice, une phase de préparation apparaît judicieuse. Lectures et notes s'enchaînent pour savoir comment déceler qu'un véhicule est sain et qu'il en vaut la dépense.

Check-list

Le van est loin, l'aller-retour ne peut se faire en un jour. Il faudra trouver où dormir sur place. La côte hollandaise est belle, ce sera l'occasion de s'y promener.

Plage

Le jour attendu finit par arriver, location Cambio, suivi d'une longue route et le van est en vue.

Il est beau, scintillant, prêt pour son date.

La visite démarre, l'excitation est au rendez-vous. Un, deux, trois, cinq, huit tours, impossible de compter. L'inspection du Mitsubishi a commencé. Vérification des portières, de la carrosserie, des joints, du bas de caisse, des passages de roue, il faut débusquer tout défaut.

Les dernières cases sur la liste se cochent. Conscient que la perfection est impossible à atteindre et encore moins sur de l'occasion, pourtant rien ne semble alerter un œil néophyte. La check-list a donné ce qu'elle pouvait. Était-elle seulement exhaustive?

Malgré toutes les précautions prises, il subsistera le risque. Il sera acceptable pourvu qu'il soit maîtrisé. La préparation aide à savoir où regarder, à savoir ce qu'on cherche.

Le téléphone joue à tour de rôle de ses fonctions d'appareils photos et de lampe de poche, aidant à révéler ce qui ne se donne pas à voir au premier regard.

L'effort vaut la peine et l'envie les amenuise.

Le vendeur semble sûr de ce qu'il vend. Il reste en retrait mais à l'écoute d'éventuelles questions. Il raconte l'histoire du van, ses souvenirs et moments partagés. Voulu ou non, il livre un authentique storytelling des plus efficaces.

Tendant les clés, il propose de faire un tour dans le quartier, sans lui, seul à bord. C'est l'occasion de pouvoir ressentir la mécanique de la machine et valider sa fonction première, rouler.

En position au poste de conduite, les mains au volant, le moteur démarre. L'émotion est là, grande, présente. Le van se met en mouvement. Le volant est bas, son diamètre large. Les sièges avant sont au-dessus des roues. Le moteur, situé entre les sièges, se fait puissamment entendre. Du poste de pilotage, on surplombe la route. Le L300 s'élance et commence à dévorer l'asphalte des rues avoisinantes. Survolant les dos d'âne, il démontre une suspension efficace qui invite déjà à emprunter les chemins de traverse en dehors des balisages.

De retour auprès du vendeur, on convient de s'entendre le lendemain matin, avec une décision ferme.

Afin d'aider la balance, déjà fortement biaisée, toutes les photos sont envoyées au garagiste pour avis et conseils. Pourra-t-il aider à une décision réellement éclairée?

N'excluant rien pour autant, le garagiste à plus de trois cents kilomètres de là ne voit pas de détails vraiment alarmants.

C'est encourageant.

Couché de soleil

Après une courte nuit, le soleil se lève sur l'horizon. Une seule idée en tête, revoir le van, encore.

Le stress de faire une erreur, au moment de donner la réponse, commence à submerger toute pensée et pétrifie les fonctions cognitives. Oui ou non, acheter sans être certain ou renoncer si près du but? Dilemme connu. Regrets ou remords?

Le vendeur vient aux nouvelles et redoublant de professionnalisme, annonce que d'autres acheteurs se sont faits connaître et se renseignent pour de futurs visites.

Le stress est maintenant bien installé. Un bulle en guise de cerveau dans laquelle résonnent en alternance la peur de rater une opportunité et celle de se retrouver encombré d'un poids bon pour l'export adjoint à un compte asséché.

Le décor est posé. La scène se prépare à sublimer l'acte impulsif d'une brute dont il ne reste que les fonctions primaires, exsangue de toute réflexivité.

Agir et puis, peut-être, réfléchir.

La brute parviendra même à négocier le prix, un ultime soubresaut suicidaire mais rationnel pour faire définitivement tomber le choix du côté partisan de la balance.

Décision d'achat.

Retour au calme, les yeux pétillants, la tête pleine de rêves.

Apaisement